Partager/Share/Sangiza

28/11/2021, Clarisse Ariane Mukundente

Ce vendredi de gratitude est spécial pour moi, car je le dédie à un homme dont j’ai beaucoup de respect sans l’avoir vu de toute ma vie. C’est l’homme politique Déogratias Mushayidi. On l’aime ou on ne l’aime pas, mais cet homme dégage de l’admiration même chez ses détracteurs. Quant à moi, je le respecte pour ses convictions et son intégrité. Un homme de principe hors du commun.

 

Il est né à Sake dans l’ancien préfecture de Kibungo en 1961. Dans la même année il perdit son père dans les événements qui ont suivi la révolution de 1959. Ainsi, à peine sorti du ventre de sa mère il devient orphelin de père. Il le devient définitivement et seul au monde en perdant le reste de sa famille (avant de fonder une famille) dans le génocide contre les Tutsis en 1994. Alors que des telles tragédies successives pourraient créer un sentiment de revanchard ou de repli de soi chez certains, chez Mushayidi c’est le contraire qui se produit. D’après lui, c’est l’absence d’un pays de droit qui lui a ravi sa famille à deux reprises. Son destin venait d’être tracé : l’instauration d’un état de droit dans son pays le Rwanda devient le combat de sa vie.

 

Alors qu’il était un Frère chez les Joséphites en Suisse où il était allé faire ses études de Théologie, il est séduit par l’idéologie du FPR en 1990 qui prônait la démocratie et l’instauration d’un état de droit, selon son idéal. C’est le moment de choix, son intégrité ne lui permet pas d’être un Joséphite tout en étant politicien du FPR. Il choisit son pays. Il quitta les Joséphites tout en les promettant de ne jamais trahir les bonnes valeurs reçus dans cette communauté. C’est ainsi que quelques mois après avoir rejoint le FPR au Rwanda en 1994, ne retrouvant plus l’idéologie qui l’avait attiré, il quitta le mouvement en 1995 et fut une grande carrière dans la Presse Rwandaise. Fidèle à lui-même, il dénonça les injustices d’alors.  L’étau se resserra autour de lui, il fuit le Rwanda pour la Belgique. Aussitôt arrivé, il a commencé des groupes pour rassembler les Hutus et les Tutsis pour un dialogue franc. Il n’avait jamais abandonné son objectif : instaurer un pays de droit où toutes les ethnies seront égales sans distinction.

 

En 2008, il fonda le parti, Pacte Démocratique du Peuple (PDP Imanzi). En voulant aller au Rwanda en 2010, il est appréhendé en Tanzanie et délivré au Burundi, car il avait des faux papiers de ce pays. Il fut livré aux autorités rwandaises et fut condamné d’une peine de réclusion à perpétuité pour atteinte à la sûreté de l’État, usage de faux et incitation à la désobéissance civile. Aujourd’hui, il pourrit encore en prison, alors que les génocidaires qui ont massacré sa famille ont été relâché. Il pourrit en prison, alors que les autres prisonniers ont eu la grâce présidentielle. Il a écrit plusieurs lettres pour demander cette grâce, mais le Directeur de la prison a refusé de transmettre ses lettres.

 

J’ai découvert Mushayidi après avoir lu sa lettre légendaire pour expliquer la polémique créée autour de ses deux commémorations, le 6 avril et le 7 avril. On peut ne pas être d’accord totalement ou partiellement avec le contenu de cette lettre, mais pour moi c’est le discours le plus rassembleur d’un politicien rwandais que j’aie jamais entendu. En lisant la lettre, on ne peut qu’éprouver de l’admiration et du respect pour cet homme visionnaire et pleine de sagesse. C’est un homme brillant qui aurait pu avoir une belle vie et une carrière devant lui s’il avait fait comme tout le monde en suivant le mouvement.  Mais il avait juré de se battre pour un pays de droit et combattre pour les droits de l’homme.  Or pour avoir ce pays, il faut d’abord reconnaître des événements historiques de notre pays et de les accepter aussi douloureux soient-ils. Il voulait contribuer à l’émergence d’un pays qui ne fera pas subir aux générations futures ce que lui a subi.

 

On peut avoir des convictions divergentes sur Mushayidi, je le comprends parfaitement, mais moi je crois fermement que c’est un Mandela Rwandais. Tandis qu’il était en prison, il a écrit : ‘’je ne demanderai à personne de me prendre en pitié, je ne suis pas pitoyable. Si vous m’aimez, soutenez la cause que j’ai défendue et que je défendrai de mon vivant, à savoir la liberté, l’amour entre les Rwandais, le respect mutuel et la promotion de la liberté pour tous’’. Et voilà! Rien à ajouter! Sur ce, chers amis, je vous demande humblement de rendre hommage à cet homme unique à son genre, qu’est Déogratias Mushayidi.

L’homme du Soleil levant de chez nous, Niyubahwe !!