Partager/Share/Sangiza

20/09/2017, La Rédaction

Diane Rwigara, fille ainée du feu Assinapol Rwigara décédé en février 2015 dans de circonstances non encore élucidées par les autorités.

Diane Rwigara déclare à France 24 qu’elle est très fatiguée. Depuis trois semaines, elle passe ses jours et nuits au centre d’investigation de la police (CID), en même temps que sa petite sœur Anne Rwigara et leur mère, Adeline Rwigara. Elle explique à Thaïs Bruck, journaliste de France 24, que toutes les trois passent des moments difficiles au CID. Pire encore, (comme vous pouvez l’entendre dans l’interview ci-dessous), durant les premiers jours, elles étaient menottées toute la journée et sans rien manger! Diane Rwigara est accusée de faux et usage de faux. Ces charges lui avaient empêché de se présenter à l’élection présidentielle d’août dernier. On lui reproche également d’avoir tenu des propos visant à provoquer un soulèvement de la population. Elle indique que jusqu’à maintenant, elle n’a pas droit d’avoir un avocat.

Diane Rwigara explique que depuis le début des poursuites, leur habitation a été bouclée par les militaires de la garde présidentielle. Pour elle, quand la police a amené des journalistes pour une « soit disante » première arrestation, c’était une mise en scène, puisque depuis une semaine, tous les membres de la famille étaient retenus à la maison sans la moindre possibilité de sortir ou téléphoner. En effet, précise-t-elle, chaque matin la police les amenait au CID, et les ramenait à 2h00 du matin. Selon elle, la police voulait donner une autre version des faits aux médias, comme quoi, elles avaient refusé de répondre à la convocation, ce qui n’était pas vrai. Donc, avant la mise en scène devant la presse, Adeline Rwigara, ses deux filles et ses deux garçons, étaient déjà non seulement assignés à résidence surveillée, mais en plus menottés chez eux. Plus tard, les garçons seront épargnés d’être amenés au poste de police, mais obligés de ne pas bouger de l’habitation. Diane Rwigara précise que toutes les trois restent prisonnières de fait, même si la police ne le reconnait comme tel.

Au micro de France 24, Diane Rwigara indique qu’elle n’a aucun regret d’avoir critiqué le régime du FPR, ni le fait d’avoir voulu se présenter à la présidentielle. Elle ajoute qu’elle était consciente des conséquences qui pouvaient s’en suivre; à savoir qu’elle risquait la mort ou la prison. Elle dit qu’elle n’est pas la première, et que si c’était à refaire, elle referait exactement la même chose.

Pour Diane Rwigara, les souffrances que sa famille et d’autres citoyens subissent actuellement, est une preuve de plus que le Rwanda a plus que jamais besoin d’un bon changement. Pour elle, les charges sont fabriquées de toutes pièces. Que ce soit le faux et usage de faux ou les charges relatives aux impôts, pour elle, rien n’est fondé. Elle explique qu’il s’agit d’une vengeance parce qu’elle a manifesté son opposition au régime et son souhait de se présenter aux élections. Pour elle, les autorités du pays ne tolèrent aucune voix discordante, ce qui réduit le peuple au silence.

Déterminée, même au moment où elle fait face aux poursuites judiciaires, Diane Rwigara, dit qu’elle ne baissera jamais les bras. Elle ne comprend pas comment sa famille rescapée du génocide perpétré contre les tutsi, se voit aujourd’hui « abusée » par un Etat qui est sensé protéger les citoyens. Et d’ajouter: « on n’a pas échappé au génocide pour souffrir aux mains du FPR ».

France 24 dit que Thaïs Bruck, son envoyé spécial à Kigali a souhaité interviewer la police sur sa version des faits mais que le porte-parole n’a pas donné suite à part qu’il a rejeté les accusations de Diane Rwigara.