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28/11/2018, MNE Nkundabayo

Les nations, tout comme les individus, ont souvent recours à une forme d’amnésie opportune et sélective, pour se préserver. Cela permet d’effacer de la mémoire collective les éléments qui gênent. De la sorte, on occulte les souvenirs susceptibles de nocivité pour la nation, car ces derniers peuvent être une source d’immobilisme et de nihilisme pour celle-ci.

Beaucoup d’historiens, au nom du patriotisme ou par conformisme, respectent cette amnésie. C’est pourquoi certaines vérités historiques ne sortent de l’oubli que des siècles plus tard, quand le temps qui passe permet à la génération du moment de profiter de cette distanciation chronologique pour mettre en lumière, sans gêne, le côté obscur des aïeux. Parfois, ces vérités dérangeantes sont remplacées par des mythes. C’est pourquoi l’« Histoire » et le « Roman » national se confondent dans beaucoup de pays. Ces récits romanesques et doctrinaires relèvent plus de la propagande que de l’«Histoire».

Quid du pays des mille collines ?

Quant au récit historique de ce pays, il est très difficile de distinguer mythes et réalités. L’histoire, et cela n’est pas une exclusivité locale, a toujours été une arme politique. Etant donné que la politique et le mensonge vont souvent de pair, il est toujours difficile de distinguer la part véridique de celle de la propagande dans toute histoire officielle. Et, pour corser le tableau, les meilleurs menteurs ayant les meilleurs accents de vérité, c’est ainsi que l’histoire qui nous est transmise a, non seulement, des formes de vérité, mais aussi des pans de celle-ci, qui aident à faire passer des contre-vérités utiles aux politiques.

L’histoire apprise sur les bancs de l’école est à prendre avec des pincettes. Les manuels d’histoire étant homologués par les « politiques », on ne peut donc pas faire confiance à l’impartialité de ces outils. Certaines vérités gênantes ne passeront jamais le filtre du « politiquement correct ». Mieux vaut se faire sa propre opinion en croisant les sources officielles avec des sources indépendantes. Malheureusement la tradition orale qui a caractérisé ce pays dans la transmission des récits historiques d’une génération à une autre durant des siècles, laisse peu de place à des versions divergentes. Seuls les récits de l’aristocratie dominante ont pu traverser les siècles pour nous parvenir.

Démystification

Dissocier le réel du mythe se révèle être un exercice impossible. Cette impossibilité se confirme quand on regarde les manipulations parfois grossières dont est régulièrement victime le récit historique des pays dits « civilisés » bénéficiant, pourtant, des manuscrits millénaires. Comment déterminer alors, pour des populations de tradition orale, les réalités d’une époque dont les seules bribes de témoignages qui nous parviennent, ne sont garanties par aucune preuve indiscutable, mis à part la présupposée intégrité morale des relais successifs à travers les siècles ? Il est alors permis de douter de l’authenticité de cet héritage historique au vu de la culture de ce pays qui idéalise mystification, dissimulation, machination et manipulation.

Les libertés prises avec l’histoire contemporaine de ce pays donnent la mesure de ce qu’on peut craindre des transmissions qui nous parviennent de la nuit des temps. Distinguer le vrai du faux est une tâche qui incombe aux historiens, ce que n’est pas l’auteur de ces lignes. Néanmoins, il se permettra de relever que ces derniers ne sont pas toujours désintéressés, et qu’ils ont souvent les poings (ou la plume pour être précis) liés. Les archéologues, les généticiens ainsi que d’autres scientifiques des domaines connexes, sont aussi conditionnés par le poids de ces fameux récits.

Garder la tête froide

Malgré cette méfiance de mise, il faut questionner ces récits avec des processus cartésiens, jusqu’à trouver, si c’est possible, des postulats incontestables et incontestés. La virulence et la véhémence dans la défense de ces récits officiels, ne peut que susciter doutes et méfiances. Les arguments justes n’ont nul besoin d’insultes, d’attaques « ad hominem » ou autres vulgarités. « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément » Nicolas Boileau.

Last but not least comme on dit dans la langue de Shakespeare, on rappellera ce que disait Simone Weil (1909-1943) philosophe de la première moitié du siècle dernier : « Croire en l’histoire officielle, c’est croire des criminels sur parole ».