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06/04/2020, Jean-Claude Mulindahabi

Le site sur lequel s’est crashé l’avion présidentiel
Pourquoi aucune enquête internationale crédible n’a été mise en place?
 
L’une des plus graves défaillances du TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda) c’est d’avoir omis d’enquêter, et de poursuivre les auteurs de l’attentat terroriste, qui, non seulement a coûté la vie aux deux Chefs d’Etat, tous ceux qui étaient à bord de cet avion, mais aussi et surtout que cet attentat est considéré comme l’élément déclencheur du génocide. Cela n’excuse en rien ceux qui ont tué les innocents pendant la guerre, les massacres à grande échelle, et le génocide. Il convient de ne pas faire l’amalgame entre le déclencheur et les véritables causes. Mais il est impossible et inconcevable d’écarter l’un ou l’autre de cette tragédie qui a emporté plus d’un million de victimes en si peu de temps.
 
Le TPIR, tribunal onusien, avait été créé le 8 novembre 1994 par le Conseil de sécurité des Nations unies afin de juger les personnes responsables d’actes de génocide, et d’autres violations graves du droit international humanitaire commis sur le territoire du Rwanda, ou par des citoyens rwandais sur le territoire d’États voisins, entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994. Cela signifie que ce tribunal était aussi compétent sur le dossier de l’attentat terroriste contre l’avion du président Juvénal Habyalimana. Pourquoi ce tribunal onusien n’a pas fait son job? N’a-t-il pas fait preuve de déni de justice?
TPIR, Arusha, Tanzanie
 
Le TPIR n’a pas eu ni la volonté ni le courage de rechercher, et poursuivre les auteurs de l’attentat terroriste. Or, il en avait les compétences et les moyens nécessaires. Les manquements ne se résument pas seulement à l’inertie face à cet attentat. L’ancienne procureure du TPIR, Carla Del Ponte a déclaré qu’elle voulait mener une enquête sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par le FPR, mais que les Etats-Unis d’Amérique s’y sont opposés, jusqu’à ce qu’elle reçoive un refus de non renouvellement de son mandat. C’est étrange qu’on ait empêché la procureure de faire son travail. C’est révélateur qu’on ait empêché un tribunal international d’accomplir certaines missions pour lesquelles il avait été crée.
 
Selon plusieurs observateurs, les manquements, la lâcheté, et le déni de justice, ne sont pas seulement une affaire des Etats-Unis, mais il faut l’attribuer aussi à l’ensemble de l’Organisation des Nations Unies. L’ancienne procureure Carla Del Ponte parle d’une Organisation qui est décevante, parce que d’après elle, c’est une Organisation qui, au départ, s’engage, mais n’assume pas jusqu’au bout.
Carla Del Ponte, ancienne Procureure du TPIR
 
On ne peut pas dire que le TPIR n’a rien fait. Malgré ses faiblesses (il y en a d’autres, on y reviendra), il y a du travail déjà fait. Comment il a été fait? C’est une autre question, et ce n’était pas le sujet d’aujourd’hui. On pourra en parler avec des spécialistes du domaine. Le travail, entre autres, indéniable, qui a été fait par le TPIR se résume dans ces chiffres: il a inculpé 93 personnes. Des procédures ont été menées à terme pour 80 personnes accusées. Plusieurs ont été condamnées. 14 personnes ont été acquittées. Deux actes d’accusations ont été retirés. A la fermeture de ce tribunal onusien, 5 affaires ont été renvoyées devant les juridictions nationales.
Pour finir voici la liste de victimes de cet attentat terroriste du 06 avril 1994:

1) La délégation rwandaise :

– le Président Juvénal HABYARIMANA

– le général-major Déogratias NSABIMANA

– l’ambassadeur Juvénal RENZAHO

– le colonel Elie SAGATWA

– le docteur Emmanuel AKINGENEYE

– le major Thaddée BAGARAGAZA.

2) La délégation burundaise :

– le Président Cyprien NTATYAMIRA

– le secrétaire Bernard CIZA

– le Ministre Cyriaque SIMBIZI.

3) L’équipage français :

– le colonel Jean-Pierre MINABERRY

– le major Jack HÉRAUD

– le sergent-major Jean-Marie PERRINE.

 

Carla Del Ponte « Le drame rwandais mérite une justice impartiale »