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27/12/2020, Faustin Kabanza

Kizito Mihigo

Le chanteur–compositeur Kizito MIHIGO, très connu pour ses chansons engagées, prônant la paix et la vraie réconciliation au Rwanda a été retrouvé mort en prison le 17  février 2020.

Les circonstances de son arrestation et les conditions de sa détention ne font aucun doute pour beaucoup d’observateurs : il a été assassiné. Emprisonné et torturé depuis avril 2014, il a été condamné à 10 ans de prison puis relâché le 14 septembre 2018, à nouveau arrêté le 13 février 2020 et enfin retrouvé mort quatre jours après.

Kizito MIHIGO est présenté comme l’apôtre de la vraie réconciliation rwandaise, celle qui détrône le mensonge pour faire jaillir la vérité. Débusquer un mensonge sur lequel est bâti un Etat, c’est déconstruire tout le système. C’est une énorme prise de risque qui a mis le chanteur  sur la liste noire ciblée par l’autorité rwandaise.

Au Rwanda, le mot « réconciliation » perd tout son sens si on n’aborde pas de façon objective toutes les victimes de la tragédie rwandaise. Le gouvernement rwandais use de tous ses moyens pour cacher le plus longtemps possible, une part de l’histoire pourtant connue et documentée, concernant aussi et notamment les massacres des hutus (cf. le rapport Mapping de l’ONU).

Sensibilité à l’altruisme :

Kizito MIHIGO, rescapé du génocide des tutsis et chrétien convaincu, s’est engagé pour lutter contre l’injustice socio-mémorielle et bâtir une nation mutuellement respectueuse, ayant la même interprétation du passé.

Cette sensibilité à l’altruisme ne l’a pas laissé indifférent face à l’injustice subie par une partie de son peuple. Il le chante dans sa chanson « Igisobanuro cy’urupfu : la signification de la mort » qui lui a valu disgrâce et condamnation par le régime  politique rwandais. Les propos de Kizito MIHIGO sont on ne peut plus clair : « Le génocide m’a rendu orphelin. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir de la compassion pour d’autres personnes qui ont été victimes d’actes qui n’ont pas été appelés « génocide ». Ces frères-là, ce sont aussi des humains, je prie pour eux…ils ont toute ma compassion… »

Kizito MIHOGO, héritier de Gandhi, Martin Lutter King et Mandela

Les trois grandes figures de la non- violence ont marqué l’histoire de leurs pays (et du monde entier) dans la lutte contre l’injustice subie par leur peuple respectif,  avec des méthodes et des moyens non-violents. Face aux régimes politiques très durs, ils sont parvenus à faire trembler les murs et obtenir les changements  que la violence  peinait à produire.

La méthode et les moyens utilisés par  Kizito MIHIGO sont aussi non-violents: combattre l’injustice avec la chanson et opposer sa conviction à l’usage de la force de l’oppresseur. Ce dernier peut donc se vanter de la suppression du messager alors que le message poursuit son chemin de plus belle.

L’histoire de chacune de ces trois figures emblématiques est une singularité. Dans cette perspective, Kizito MIHIGO en a introduit une autre : il a lutté contre l’injustice que lui personnellement ne subissait pas au départ. Il a été très sensible à la cause de l’autre, il a été  son porte-porte, une voix de sans voix : mission engagée jusqu’au sacrifice de sa vie. Kizito MIHIGO pense que ce devoir n’est pas de nature humaine mais plutôt divine.

Kizito MIHIGO aura été, à l’instar de ses prédécesseurs, un héros qui aura lutté avec des armes fabriquées  par la non –violence, celle-ci étant une exigence à la fois spirituelle (conviction) et pratique.

Les mots de Jean-Marie Muller résument bien le sens de la non-violence en générale et en particulier celle de Kizito MIHIGO: «  Exigence spirituelle, la non-violence est aussi une exigence pratique. Le principe de non-violence n’exige pas seulement de s’abstenir de recourir à la violence contre autrui, il implique également de lutter contre l’injustice qui meurtrit l’autre homme » (article : Apprendre la  langue de la non-violence)