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15/05/2018, Faustin Kabanza

Louise Mushikiwabo

L’éventuelle candidature de la ministre rwandaise des affaires étrangères Louise Mushikiwabo a été rendue publique par Jeune Afrique, le magazine hebdomadaire très proche de Kigali. Selon ce magazine, ce serait « à l’initiative de Paris que le nom de la ministre rwandaise se serait retrouvé en haut de la liste » pour détrôner la secrétaire générale actuelle Mikaëlle Jean. Le magazine Jeune Afrique rajoute sans surprise ni argumentation que la ministre rwandaise « présente un profil idéal pour la fonction ».

Tout laisse penser que les carottes sont déjà cuites : la Ministre présentera certainement sa candidature et pourra être élue si notamment elle est soutenue par Paris. Nul n’ignore à quel point le gouvernement rwandais traite la langue française, acculée dans ses derniers retranchements. Rappelons, à titre d’exemple, que le gouvernement de Kigali a décidé de remplacer littéralement le français par l’anglais dans tous les domaines de la vie du pays (enseignement, administration, affaires, etc.). Cette décision a été couronnée par la destruction du Centre culturel Franco-Rwandais en 2014.

Paul Kagame, James Kabarebe, et Louise Mushikiwabo (de gauche à droite)

Actuellement, le même gouvernement rwandais, lâché par ses grands partenaires habituels (notamment les USA) serait en train de se tourner vers Paris dont il aura certainement besoin très prochainement. Il a intérêt à garder la « bonne » image de sa politique qui se détériore du jour au lendemain, de l’intérieur à l’extérieur. La question des droits de l’homme, celle de la liberté d’expression ainsi que des crimes contre l’humanité dont le régime actuel rwandais est présumé coupable, tous ces sujets sont des bombes à retardement qui inquiètent indéniablement le gouvernement rwandais. Ce dernier tente bon gré mal gré à conserver une image « positive » longtemps attribuée, plus à tort qu’à raison, par la communauté internationale.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’internautes pensent que la ministre rwandaise, placée à la tête de la Francophonie, ne serait pas préoccupée par la défense de la langue française et de l’institution, mais celle du régime rwandais. La Francophonie deviendrait un prétexte qu’elle saurait intelligemment exploiter en faveur du seul gouvernement rwandais. Avant de prétendre aux hautes fonctions de la Francophonie, la ministre et le gouvernement rwandais ne devraient-ils pas d’abord se montrer indulgents vis-à-vis de la langue française ? C’est quand même la moindre des choses.

Le soutien de Paris à la candidature du Ministre rwandais aurait quel intérêt pour la Francophonie ? Est-ce pour autant que le Rwanda pourrait désormais promouvoir la langue française et la francophonie ? Ce soutien viendrait-il apaiser la tension entre la France et le Rwanda ?

Si la Francophonie était amenée à être dirigée par un non francophile (et détracteur de la langue française), ce serait une grande première ! Tout serait jugé sur les résultats, peut-on dire (naïvement) ! En revanche, la Francophonie gagnera plus de confiance en évitant, jour après jour, de tomber dans les pièges tendus par certains régimes autocrates.

D’autres lectures :

Le Rwanda remplace le français par l’anglais : http://www.lapresse.ca/international/afrique/200810/16/01-29842-le-rwanda-remplace-le-francais-par-langlais.php

Kigali a démoli le centre culturel franco-rwandais : http://www.rfi.fr/mfi/20140711-rwanda-france-kigali-demolit-centre-culturel-franco-rwandais-leotard-kagame-habyarimana-trevidic