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16/12/2018, Faustin Kabanza

Tensions, démonstration de force, guerre des nerfs, telle est l’ambiance qui règne entre le gouvernement rwandais, son opposition et certains de ses pays voisins. On a l’impression que tout va très vite et  qu’on ne comprend surtout rien de ce qui se passe réellement.

Il a été signalé, voilà quelques mois, des incursions sporadiques d’un groupe armé (FLN) suivies de rumeurs d’attaques d’autres groupes.Très récemment, on a  parlé d’une attaque éclair qui  aurait opposé les FDLR et l’armée gouvernementale. Il y aurait eu des morts de part et d’autre.

Les réseaux sociaux Rwandais sont devenus de vrais champs de bataille. En ce moment, mieux vaut  savoir lire et parler le rwandais (kinyarwanda) pour tout décortiquer et comprendre(peut-être !). On voit et on lit tout : d’un côté, on assiste à des entraînements de l’armée régulière et à l’exposition des armes lourdes de  dissuasion. De l’autre,  les réseaux sociaux relaient le déchaînement du moral des combattants (chants et danses guerriers) appartenant aux différents  groupes armés, difficiles à localiser géographiquement.

Peut-on s’inquiéter de tout cela ?

Je crois que oui. Il n’y pas de fumée sans feu, dit-on.L’histoire récente du Rwanda nous apprend qu’il ne faut rien minimiser. De tels signaux ne sont pas à prendre à la légère. De telles démonstrations de forces ne sont pas de  simples faits du hasard.  Ce climat tumultueux est sans doute un arbre qui cache la forêt. Le Rwanda reste très fragile tant on sait qu’il existe toujours des problèmes, non les moindres, notamment d’ouverture politique, de droits de l’homme, du grand nombre de  rwandais en exil, etc.

Le Rwanda est cité parmi les pays africains qui font des efforts de développement économique. Les avis des Rwandais ne sont pas unanimes sur ce sujet mais on ne peut pas non plus balayer d’un revers de la main certains efforts concrets qui ont été réalisés jusque-là, en tout cas.

En revanche, les vrais efforts auraient pour but de garantir un développement durable qui inclurait toutes les forces vives de la nation. Je sais que c’est  bien cela le nerf de la guerre tant le Rwanda reste un tout petit pays, sans ressources, donc difficile à partager. Et bien, tout l’enjeu est là !

Pour désamorcer une crise profonde, certains pays commencent à évoquer un éventuel dialogue inter-rwandais (entre le gouvernement et certains opposants en exil). L’Afrique du Sud soutient ce processus, la France n’est pas contre. Pour l’heure, le gouvernement rwandais estime qu’il n’y a pas de raisons d’engager de tels processus. Il s’y oppose très fermement.

A mon avis, toute démarche, tout processus qui vise à s’engager dans une voie de paix est plutôt salutaire surtout pour le Rwanda dont on connait l’histoire. Bien entendu, un vrai dialogue exige une décentration et une transcendance de soi pour écouter l’autre afin de co-construire un projet commun. Chaque partie, nourrie de principes de tolérance, accepte de corriger avec justice ses erreurs du passé pour construire l’avenir. Telle est l’équation la plus redoutable pour le cas du Rwanda.

Les Rwandais seraient capables d’y arriver tous seuls ? Je ne crois pas pour l’instant. Si la communauté internationale s’intéresse réellement au Rwanda et à la région, je crois que c’est le moment de réagir avant qu’il ne soit trop tard.

Je sais qu’il n’est pas évident de parler de paix pour un pays en proie,depuis très longtemps,aux folies de guerres et de tensions meurtrières mais il est temps d’y penser, cette fois-ci…