Partager/Share/Sangiza

08/04/2019, Jean-Claude Mulindahabi

Paul Kagame et Emmanuel Macron

Faut-il être expert ou être dans les arcanes de la présidence pour savoir pourquoi Emmanuel Macron n’a pas répondu présent à Kigali, pour commémorer le 25ème anniversaire du génocide perpétré contre les Tutsi? Non.

Il est vrai qu’il s’agissait d’un grand événement. Mais, les relations entre les deux pays ne se sont pas encore totalement normalisées, même si on a récemment assisté à une volonté des Présidents français et rwandais. Emmanuel Macron a joué un rôle majeur pour la candidature et l’élection de la Rwandaise Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), le 12 octobre 2018. L’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée, semble ouvrir une nouvelle page, et en novembre dernier, au cours d’une visite à Paris, le Président rwandais avait déclaré: « nous ne voulons pas rester otages de notre Histoire. C’était sa deuxième visite à Paris, en seulement une année, puisqu’il en avait effectué une autre en mai 2018.

Depuis 2015 le régime de Paul Kagame n’a pas donné d’agrément à l’Ambassadeur que la France avait nommé! Une année auparavant, en 2014 Paris, avait annulé le déplacement à Kigali de la ministre de la Justice de l’époque,  Christiane Taubira, à cause des déclarations du président Kagame qui avait accusé la France dans les colonnes du journal « Jeune Afrique » en alléguant que l’Hexagone était impliquée «dans la préparation politique du génocide», et «la participation de cette dernière à son exécution même. Le chef de la diplomatie française à cette époque, Bernard Kouchner avait dit que les propos de Paul Kagame étaient en contradiction avec le processus de dialogue et de réconciliation qui était engagé depuis plusieurs années, et que la France regrettait de ne pouvoir prendre part aux commémorations du 20e anniversaire du génocide car elle tenait à s’incliner devant la mémoire des victimes et à s’associer au deuil des familles et du peuple rwandais.

Si hier, la France n’a envoyé qu’un député, donc même pas quelqu’un de l’Exécutif dans les cérémonies, à savoir que le député Hervé Berville, est Français, d’origine rwandaise, sauvé lors de la tragédie par les Français, et adopté en France) , c’est un message qu’il faut savoir décoder. Le 08 avril 2014, le journal Figaro publiait: « Génocide rwandais : pourquoi le vrai coupable n’est pas la France, mais Kagame »

La France est l’un des rares pays à avoir encouragé les « grandes puissances » à ller au secours du peuple rwandais, en vain. Même le FPR s’y était opposé. La France est partie volontiers avec l’accord tardif de l’ONU. L’Opération turquoise a sauvé du monde, tutsi, hutu, twa, et autres. C’est incontestable. La France est parmi les pays qui sont intervenus pour convaincre l’ancien régime à signer les accords de paix d’Arusha. A l’époque, le FPR n’avait rien à reprocher à la France. Rien. D’ailleurs, le FPR avait remercié Paris d’avoir exercé une pression sur le gouvernement rwandais de l’époque, enfin qu’il accepte le partage du pouvoir. Depuis la prise du pouvoir, Paul Kagame n’a cessé de pointé du doit violemment Paris. Or, il n’est pas dit que Paris considère le Général au pouvoir comme quelqu’un qui n’a jamais eu de rôle gravissime dans la tragédie rwandaise.

On peut s’imaginer que le Président français est bien entouré pour avoir suffisamment  d’informations jusqu’au moindre détail du véritable rôle qu’a joué la France, mais aussi du vrai visage de l’homme qui a pris le pouvoir depuis 25 ans et qui l’exerce avec une main de fer. En matière des droits de l’homme, les rapports internationaux, et les rapports des organisations non gouvernementales de droits de l’homme, place l’administration de Kagame en bas du tableau, dans le domaine de la liberté d’expression, la démocratie,  et le respect d’autres libertés fondamentales. Il suffit de consulter les dernies rapports d’Amnesty international, Human Rights Watch, Reporters sans Frontières, et bien d’autres, le régime de Kagame est parmi les derniers au monde.

Par ailleurs, il n’en y a pas que le Président français à s’être refusé à faire le déplacement à Kigali: aucun Chef d’Etat des pays voisins du Rwanda n’a pas été à la cérémonie. Aucun Chef d’Etat de la communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) n’a fait le déplacement. Aucun Chef d’Etat de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale n’a répondu présent.

En 2020, le Rwanda aura l’honneur d’accueillir un sommet du Commonwealth. Est-ce qu’on peut citer plus d’un Chef d’Etat des pays du Commonwealth dans cette cérémonie d’hier? Non. Alors, il y a un grand problème, c’est flagrant; et c’est un problème de relations internationales, en plus d’un problème politique rwando-rwandais, indéniable. Les Rwandais sont supposés connaitre leurs problèmes, et normalement, ils sont capables de les résoudre.

Ce ne serait pas honnête de rejeter tout le tort aux absents dans ces cérémonies, un événement qui était très important.  Aujourd’hui, c’est aussi l’heure de se mettre en cause, et ce, de façon responsable.